Faire un plan ou pas avant d’écrire un roman ?

Il m’est arrivé un truc horrible l’année dernière : j’ai jeté un roman de de 400 pages à la poubelle. Il s’agissait du tome 2 d’Elia, la Passeuse d’âmes, le sixième roman que j’écrivais, le cinquième qui devait être publié. D’habitude, je planifie un minimum, j’ai mon début, ma fin et quelques étapes intermédiaires. J’écris, et ensuite je retravaille mon premier jet. Cette fois-ci, puisqu’il s’agissait d’un tome 2, je connaissais l’univers, les personnages et j’avais une vague (très vague) idée de ce qui devait se passer. Je suis donc partie comme une poule sans tête, sans rien planifier, avec pour unique objectif d’écrire 10 000 signes par jour. Au bout de quelques mois, j’avais un premier jet et je suis partie en vacances, contente de moi en pensant : « je reprends ça quand je reviens ». Résultat, je suis rentrée, j’ai relu (j’ai pleuré)  et j’ai recommencé à zéro.

Il n’y a pas de règles pour écrire un bon roman, il existe cependant des outils et des méthodes qui conviennent plus ou moins à certains écrivains, mais aussi et surtout à certains types d’histoires. Stephen King, par exemple, ne structure jamais ses romans avant de les écrire : il découvre ce qui va se passer au fur et à mesure de l’écriture. En revanche, pas besoin d’être devin pour deviner qu’Agatha Christie planifiait chacune de ses histoires méticuleusement avant de les raconter (article sympa sur le sujet sur scénariobuzz). Elia la Passeuse d’âmes est un roman d’aventures, mais c’est aussi un roman à suspense où des secrets se dénouent, ou des traîtres se révèlent, tout en réclamant un minimum de scènes d’exposition, puisque l’intrigue se situe dans un univers imaginaire. Bref, c’est typiquement le genre d’histoire qui nécessitait d’être construite.

Une copine écrivain, Marianne Levy pour ne pas la citer, m’a dit un jour : écrire un roman c’est comme jouer au golf, si tu tapes dans la balle deux millimètres trop à droite, à l’arrivée tu es à deux kilomètres du trou. Dit autrement par ce bon vieux Sénèque : qui ne sait pas vers quel port il doit tendre, n’a pas de vent qui lui soit bon. C’est exactement ce qui m’est arrivé : j’avais quatre cent pages et comme je ne savais pas où j’allais, elles ne menaient nulle part.

J’ai repris l’écriture, tellement terrorisée à l’idée de ne pas y arriver, que j’ai planifié comme jamais je n’avais planifié un livre auparavant : quasiment scène par scène, ce qui a donné lieu à une belle séance de découpage : Après, j’ai découvert scrivener et j’ai rangé mes ciseaux, mais j’en parlerai une autre fois. Il faut dire aussi que j’avais six mois de retard par rapport à la date de remise sur mon contrat, donc je n’avais pas vraiment le luxe de me planter une deuxième fois. Quand j’ai commencé à écrire, j’avais une liste de cinquante étapes par lesquelles mes personnages devaient passer. Parfois, j’avais simplement écrit « Bidule comprend que machin lui a menti » ou « ici mettre indice pour trahison de Trucmuche », « ici, retournement de situation » etc. Je ne savais pas toujours le comment, quel indice ou pourquoi, mais j’avais la direction de l’histoire, tous les noeuds de l’intrigue et les retournements de situation.

Je me suis alors remise à écrire 10 000 signes par jour, et cette fois : pas de manque d’inspiration, beaucoup moins de « pertes », (i.e. de chapitres entiers écrits que je supprime souvent une fois la V1 terminée) et surtout, beaucoup moins d’angoisses.

Structurer ne m’a pas empêchée de changer certains éléments en cours de route, j’ai découvert des choses sur mes personnages et sur l’intrigue au fur et à mesure de l’écriture qui m’ont forcée à reprendre mon plan et à le modifier en fonction. Le fait d’avoir un cadre n’a pas bridé mon imagination ou ma créativité, mais au contraire me permettait de me concentrer uniquement sur la partie créative pendant l’écriture plutôt que sur la partie structure. J’ai gagné énormément de temps sur la phase réécriture qui d’habitude me prend 4 à 6 mois et qui cette fois m’a pris seulement six semaines.

Une histoire est une succession de causes et d’effets. Le fait de réfléchir à un plan, permet de les organiser de la meilleure manière possible, de se poser en amont les questions que je me posais habituellement seulement une fois que j’avais écrit mon premier jet, ce qui m’obligeait à beaucoup retravailler :

  • Quel est le meilleur moment pour révéler chaque élément ?
  • À quoi s’attend le lecteur à chaque étape de l’histoire ?  (Pour pouvoir écrire le contraire et le surprendre).
  • Réfléchir au rythme, à l’alternance scènes d’action / exposition.

Je ne savais pas pour autant tout ce qui allait se passer, je m’étais laissée des éléments inconnus. C’est évidemment un des plaisirs de l’écriture de se laisser surprendre par ses personnages et les événements. Notamment, je ne savais pas qui allait mourir et qui allait survivre. Je suis toutefois persuadée que le fait de savoir qu’il doit y avoir un retournement de situation à un endroit précis, même si on ne sait pas en quoi il consiste, fait qu’on planifie inconsciemment son avènement.

Ce roman perdu aura été une excellente expérience pour moi : je ne commencerai plus jamais à écrire ce genre d’histoire sans avoir réfléchi auparavant de manière détaillée à sa structure. On ne peut pas penser à tout quand on écrit, au rythme, à la structure, à l’écriture, aux personnages, à l’intrigue… Le fait de séparer les étapes m’a permis d’améliorer le résultat final, de gagner du temps et de limiter le gaspillage en terme d’écriture. Comme quoi, on apprend toujours beaucoup plus de ses échecs que de ses succès. 

7 réflexions sur “Faire un plan ou pas avant d’écrire un roman ?

  1. Très intéressant ! Comme je n’aime pas trop réécrire (et jeter), et comme me l’a appris ma formation en scénario, je planifie avant (et fais les annexes, etc)… comme ça, moins de perte (de texte, de temps…). Mais, comme toi, je perds aussi le contrôle, et c’est tellement bien quand les personnages imposent leurs choix 😉 ! Bonne écriture, Marie ! Au plaisir de te revoir,
    Laure

  2. Bonjour Marie!!!
    Chouette, l’article que j’attendais…très instructif, comme toujours…Je pense également qu’un plan est nécessaire, ne serait ce que pour savoir où l’on va…
    Je profite de ce petit commentaire pour vous dire à quel point j’ai adoré  » Là où tu iras, j’irai »… Je le trouve vraiment plus abouti que les deux autres précédents ( je parle de comédie romantique, Elia étant à part). Il est plus drôle, les personnages sont haut en couleur, il y a de l’émotion, bref, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Je l’ai dévoré !!!
    J’admire beaucoup la façon dont vous mener votre carrière littéraire, je vous souhaite de nombreux succès à venir, en tout cas, je continue de vous suivre avec grand plaisir !!!

    • Bonjour Alexandra, merci beaucoup pour cet adorable message une fois de plus 🙂 Je suis heureuse que « Là où tu iras » vous ait plu ! Comme quoi, c’est aussi en écrivant beaucoup qu’on progresse petit à petit ! Je vais essayer d’être un peu plus assidue sur le blog pour les conseils d’écriture que j’avais un peu délaissés faute de temps ces derniers mois. En espérant que vos propres projets d’écriture avance bien, je vous souhaite un bel été !

  3. Je crois que la partie que je préfère dans un projet, c’est construire le plan et trouver les rebondissements qui « surprendront » le lecteur ! Même si, comme le dit Laure plus haut, cela n’empêche pas de dévier et d’être guidé par ses personnages pendant l’écriture !
    Est-ce que vous faites cette partie seule ou avez-vous déjà essayé d’y inclure quelques personnes (bétalectrices?)?

    • C’est une bonne question, mais dans mon cas, jamais ! Je n’y ai même jamais pensé. En fait, je ne fais que très rarement lire mes manuscrits avant d’avoir une première version relativement aboutie. J’ai toujours trop peur d’être influencée par le ressenti des autres avant d’avoir terminé 🙂 donc non, je n’ai jamais montré mes plans à personne, d’autant plus qu’ils sont en général peu compréhensibles, c’est beaucoup de notes sans queue ni tête !!

  4. Je suis exactement comme toi ! J’aime planifier pour savoir où je vais car c’est aussi quelque chose de rassurant. Une fois le plan terminé, il n’y a plus qu’à le suivre et à écrire. Personnellement je me sens débarrassée des questions qui peuvent encombrer mon esprit.
    Pour changer, lors du dernier NaNoWriMo, je me suis mise en tête d’écrire un roman sans avoir rien planifié, juste en connaissant les quelques grandes lignes. Juste « pour voir ».
    Je me suis complètement plantée. Les 50K étaient là mais ensuite ? Trop de portes ouvertes, une direction incertaine…
    Après le tout c’est de se connaître, chacun a sa méthode de prédilection =)
    Bon courage pour tes textes.

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